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Résidence n°2

Création du spectacle « Tous, ou aucun »

périodes de résidence :
Du 12 au 14 Avril
Du 8 au 10 juin
Du 23 juillet au 7 août

Une résidence de création du spectacle « Tous, ou aucun » autour de l’œuvre de Hanns Eisler, pour solistes professionnels et chœurs amateurs de l’ensemble vocal de Molezon, en coproduction avec l’Atelier Vocal en Cévennes.
Les résidents sont directement impliqués dans la pratique chorale et participent à l’élaboration du spectacle. Le chœur amateur, encadré par les professionnels de haut

Une geste musicale et chorale autour des pièces de Hanns Eisler

Conception, mise en scène, voix Patrick Condé
Conception, direction musicale, soprano Juliette de Massy
Atelier Vocal en Cévennes/Solistes et chœur de l’ensemble vocal de Molezon

Distribution :
Ensemble vocal de Molezon
Soprani : Irène Mayaffre, Sophie Gautier, Guillemette Beaury, Louise White
Alti : Marie Eveille, Lili Pain, Astrid Gode, Noémie Capron
Ténors : Fabrice Foison, Yorick Labaume
Barytons-basses : Vincent Lemoine, Benoit Legrand, Etienne Chasson

Les musiciens :
Violon Noémie Capron / Clarinette Louise White / Violoncelle Laure Balteaux / Accordéon Bogdan Nesterenko

Image Gabriel Condé
Installation vidéo et lumières Victor Egéa
Confection des décors François Fauvel et Patrick Condé
Administration, production Nathalie Moulin

Notre projet est la mise en espace d’une forme musicale, chorale, qui propose de donner à entendre les œuvres de Hanns Eisler. Il s’agira de constituer un ensemble musical où trois instrumentistes, une chanteuse et un comédien/chanteur composeront avec un chœur amateur comme un écho lointain du geste de Eisler qui faisait chanter les ouvriers. Il ne s’agit pas d’imiter la situation de son époque car ça n’a pas de sens en soi, mais tenter de retrouver dans le chant commun à la fois l’élan et la tension, les consonances et dissonances que la musique exigeante de Eisler offre à l’épreuve d’un choeur populaire.

Paysage Eisler -une geste sensible…

Un art de l’hétérogène, de l’unité divisée en elle-même
Hanns Eisler déclarait que «la catastrophe commence quand on sépare la musique en deux catégories: la musique légère et la musique sérieuse», ou encore musique profane et musique sacrée. Il voyait un enjeu majeur à ne plus hiérarchiser les genres dans leur exclusion réciproque, à les inclure plutôt dans une recomposition d’un monde où la plus petite ritournelle des rues voisine en intensité avec celle des grandes compositions chorales. Ainsi dans le recueil magnifique «Bilder aus der Kriegsfibel», où Brecht accola à des images de guerre ses poèmes-quatrains, Eisler composa de brèves séquences pour chacun d’eux, offrant de l’épique au ton de la complainte de rues la palette d’une choralité insurgée où la douleur combat encore, ne se lamente pas, rythmes vifs et soutenus, éclats sonores déchirants mais jamais sombres ni accablants, sur fond d’une extrême douceur harmonique.
En effet, qu’il composa un chant révolutionnaire, ou une musique de scène pour Brecht, ou encore une pièce inspirée d’une élégie de Hölderlin, Eisler entendait dans les choeurs plus que la puissance d’une forme musicale: une forme destinée, adresse directe au commun et ouverture à l’étrangeté d’un monde non encore advenu. Il fut l’un des premiers à faire de l’hétérogénéité dans l’art un combat. Il alla jusqu’à confier à des chorales ouvrières des sonorités, des phrases et des harmonies qui relèvent de genres très différents, ou d’accents très différents au sein d’un même chant (l’envolée lyrique et l’implacable rythme de la marche dans le «Chant du front unique» par exemple, lamarche y est comme soulevée du sol au lieu de s’y enfoncer sous le poids des bottes). Contre l’unité ethnique et identitaire du chant fasciste, si absolument menaçante à son époque, il affirme l’Un divisé en lui-même, dialectiquement, musicalement -son communisme.
Commémorer ou rendre gloire à cette démarche n’aurait aucun sens; faire entendre aujourd’hui ce qu’elle portait comme espérance en a un, des plus vifs.

Une politique de la musique
En un temps où nous vivons quant à nous l’éclatement marchand de tous les genres musicaux, des audaces les plus confinées (malgré elles) de la musique contemporaine au tout-venant de la musique au kilomètre, où les cris de révolte empruntent dans la mêlée les formes parfois très vives et surprenantes du rap ou du rock métal, comment écouter aujourd’hui Hanns Eisler? Comment faire entendre cette louange à la communauté et au conflit qui l’anime, et même structure celle-ci au plus intime de son chant? C’est ce défi intempestif qui nous anime. Car pour Eisler le communiste, c’est de la musique avant d’être de la politique, les accents d’une lutte contre le désespoir né de la guerre et l’extermination, et avant l’heure contre la séparation désastreuse inscrite dans le Spectaculaire qui s’annonce. Une politique de la musique si l’on veut, peu connue sous cet aspect, que l’on voudrait donc faire connaître au public contemporain.

La forme d’une constellation
Pour cela, la forme concert sera rendue mouvante, telle une geste sensible à l’œuvre partout dans l’incorporation de ce chant choral si particulier, de même du rapport entre chœur et soliste, fresque gravée dans la pierre ou ondulations d’un chœur tantôt éclaté tantôt resserré selon les rythmes et les intensités. Le chœur ne représente pas le peuple, ni la foule, c’est un chœur météore, charriant des fragments de peuple et de ses postures, mais encore chœur minéral comme fresque épique en lambeaux ou forêt sous la tempête. Dans un rapport tendu entre le visible et l’invisible, tantôt le chœur sera perçu dans sa stature classique de corps assemblés chantants, tantôt le chant pourra être entendu sans que le choeur soit vu, ou inversement le corp collectif des choristes sera présent sans forcément chanter, en vis à vis ou contrepoint physiques avec le ou la soliste. Quelques éclats poétiques, paroles ou images projetées, pourront entrer en résonance avec l’espace sonore déployé par le chœur. Ces éclats pourront être recueillis notamment chez Baudelaire, Hölderlin, Char, Brecht, Weiss.

Itinérance du matériau musical

Formes
Nous travaillerons sur différents axes : le premier étant peut-être de s’approprier les formes et les modes d’écriture précis en tant qu’ éléments phares de la pensée du compositeur. La musique ne doit plus «assoupir psychiquement l’auditeur et provoquer une excitation anarchique mais elle doit oeuvrer à éclairer les consciences». Qu’appelle à penser un choeur d’hommes –dont il se moque avec sarcasme dans les Zeitungsausschnitte, op.11? Un choeur de femmes? Et lorsque les deux sont réunis soit dans une homorythmie stupéfiante dans Naturbetrachtung par exemple soit en canons au début de Litanei vom Hauch?
Ainsi, les choristes réunis autour de ce projet exploreront ce geste musical plus seulement comme un chant mais comme un geste incorporé, collectif. Et nous verrons comment l’interprète lui-même participe de cet «engagement» réel dans la musique et au plateau.

Timbres
D’autre part, nous travaillerons l’importance des timbres et des couleurs grâce à l’effectif intime et malléable de trois instrumentistes. La coexistence des cordes et des vents: un clarinettiste –les vents qui ne peuvent être absent de l’imaginaire de la guerre, de la marche et de la lutte;une violoncelliste –les cordes omniprésentes dans l’oeuvre de Eisler depuis l’opus 5, Pälmstrom à ses Ernste Gesange pour baryton et quatuor à cordes. Et c’est l’accordéon aux potentialités de timbres très variées et qui possède la grande qualité d’être mobile –d’ailleurs présent dans plusieurs des pièces de Eisler dont Bilder aus der Kriegsfibel –qui soutiendra les harmonies, les grands choeurs ou une voix seule et épurée dans Diese Stadt hat mich belehrt par exemple.

Contrastes
Eisler puise au creux de genres très différents: le jazz, le blues, le sérialisme, la musique dite «populaire», la marche militaire, le lied romantique… Adorno parlait de «caractères musicaux individuels» qu’ Eisler tisse et met en forme par le biais de «contrastes devenus sons». Il s’agira de trouver alors le geste juste tant pour l’agressivité et la violence des premières mesures de la Litanei que pour la fausse tendresse en souvenir du poème de Goethe qui suit, tant pour l’élan d’espoir ouvert et sans limite à la fin de Naturbetrachtung que pour la plainte droite et tristement schubertienne de l’homme qui veut en finir dans Uber den Selbstmord, voyageur d’hiver en prise avec l’insupportable.
C’est cette liberté d’écriture inouïe, toujours critique et pluraliste, aussi éloignée de l’emprise fasciste que de la tradition des choeurs de l’Armée Rouge, dont nous nous nourrirons, espérant avec Eisler: «Dans une société capable de comprendre des chansons comme celles-ci, il fera bon vivre, sans peur du danger. Ces morceaux ont été écrits dans la foi d’un tel avenir.»

Dates de rencontres avec le public :

Dimanche 9 juin – 21 h – Barre-des-Cévennes
en partenariat avec la Mairie et la bibliothèque de Barre-des-Cévennes
“Tous, ou aucun”, Répétition publique , église de Barre-des-Cévennes, forme chorale, direction Juliette de Massy, lecture d’Irène Mayaffre de poèmes de Brecht, Mörike, Weber, mis en musique par Eisler, entrée libre.

Jeudi 1er août 18h – concert « petite forme » Eisler,
Église Romane, Saint-Flour du Pompidou, entrée 10€

Dimanche 4 août 20 h – Saint-Germain-de-Calberte
“Tous, ou aucun”, Répétition publique
lecture par Irène Mayaffre, des poèmes mis en musique par Eisler (Brecht, Mörike, Weber et lui même), entrée libre .

Mercredi 7 août 21h – St Germain-de–Calberte :
“Tous, ou aucun”, concert d’ouverture du tout petit festival musical

Biographies

Les actus

// Atelier de chant et théâtre

Lundi 29 juillet – Saint-Germain-de-Calberte  Formation par Guillemette Beaury, soprano – Chant (et théâtre) autour de Hanns Eisler – Pour adultes – Tous niveaux Restitution le 3 août, pour l’apéritif du soir, vers 19h, restaurants le Figuier des Cévennes et chez Adam à La Placette. 10 h 30 – 12 h 30 – RV au […]

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